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  • Delphine FAUVET

La Robe d'Orgueil: Extrait, chapitre 1: La malédiction

Dernière mise à jour : 4 avr.

Il était une fois, dans un royaume de paix, un roi et une reine qui vivaient dans un palais d’or et de plumes. Ils étaient très aimés de leurs sujets car ils gouvernaient avec douceur et justice et veillaient au respect de chacun.

De leur union naquit bientôt une petite fille qu’ils appelèrent Gloria.

Le royaume, très ému par la naissance de l’infante, s’empressa aux portes du palais, chacun tenant à offrir un présent à la bien-aimée petite princesse. Les souverains, touchés par ces témoignages d’affection de la part de leurs sujets, décidèrent d’ouvrir les portes du château à qui voudrait apporter un cadeau à l’enfant.

Une longue procession s’improvisa alors, les gens patientant durant des heures, et des jours entiers pour certains, la file d’attente s’étendant sur plusieurs lieues à la ronde.

Devant une telle abondance, l’on dût organiser les visites. Il fut donc décidé que les sujets pourraient pénétrer à raison de cinq personnes à la fois dans le petit salon dans lequel on avait installé le couffin de la fillette, chaque groupe ne disposant que de trois minutes, et ceci entre lever et le coucher du soleil.

Ainsi fut fait et les sujets s’empressèrent de déposer leurs cadeaux, d’abord sur une table prévue à cet effet, puis bientôt à même le sol, dans les derniers recoins encore accessibles, sous l’amas d’offrandes faites à la petite princesse. Puis tous courraient au berceau profiter des deux minutes restantes pour admirer la belle et délicate enfant.

« -Comme elle est belle !, s’exclamaient les uns,

- Elle est magnifique !, s’émerveillaient d’autres.

- Elle a la grâce de notre souveraine !, soulignaient certains,

- Elle semble aussi paisible que notre roi ! », déclarait-on.

Les commentaires étaient tous plus élogieux les uns que les autres ! Le royaume était enchanté par la beauté et le calme de la future souveraine !

Tant de gens se manifestèrent auprès de l’enfant que la procession dura deux semaines entières ! Quatorze jours pendant lesquels des fêtes s’organisèrent spontanément dans les différents villages du royaume pour célébrer la naissance de la petite princesse, alliant musique, danse, et bonne humeur !

Puis, bientôt, le roi et la reine annoncèrent le baptême de l’infante, précisant cependant, cette fois, après maints remerciements, que seules ses marraines les fées seraient conviées à la réception qui se tiendrait dans la plus stricte intimité. Le royaume applaudit cette annonce dans un nouvel élan d’enthousiasme et quelques jours plus tard on put apercevoir dans le ciel cinq traînées de fumées colorées : une rouge, une jaune, une bleue, une verte et une orangée. Les cinq sœurs venaient d’arriver.


« - Célestine ! », s’exclama le roi, d’une voix enjouée, en ouvrant les bras pour y accueillir la fée vêtue de jaune.

- Sophie !, se réjouit à son tour la reine, en invitant la fée drapée de bleue à venir l’enlacer.

- Meena, Vilma, Athénaïs ! Ne restez donc pas en retrait, venez nous saluer, c’est une telle joie de vous revoir ! », encouragea le roi.

La fée vêtue de vert, celle habillée de rouge, et la dernière dans une robe étoilée, s’avancèrent donc à leur tour et prirent part avec plaisir aux joyeuses effusions.

Les cinq fées furent ensuite emmenées dans la chambre duveteuse de l’enfant, aux murs roses molletonnés et au sol de coton à la blancheur immaculée. Au centre de la pièce, dans un berceau de plumes, l’infante reposait paisiblement.

« - Que tu es belle !, murmura la fée Célestine. Tu as déjà un très joli visage, ma petite, et des cheveux fins et souples ! Eh bien ma chérie, mon cadeau, pour toi, sera de te permettre de garder toujours cette grande beauté qui te caractérise déjà ! », déclara-t-elle.

Et aussitôt, elle donna un léger coup de baguette au-dessus du berceau. Quelques étincelles jaunes jaillirent alors et vinrent se poser silencieusement sur le visage de l’enfant avant de disparaître.

« - Pousses-toi ! Laisse-moi passer ! C’est à mon tour !, la pressa Sophie en obligeant sa sœur à lui céder la place. Mmmmm ! C’est vrai que tu es jolie, mon cœur !, reconnut-elle en chuchotant ses mots. Mais ta beauté ne t’attirera que des ennuis si elle n’est pas assortie de l’intelligence qui te permettra d’apprendre, de réfléchir, et de devenir ce que tu voudras être. Ce sera donc le cadeau que tu recevras de ma part petite princesse ! ».

A son tour, elle fit gicler quelques étincelles bleues de sa baguette magique qui vinrent se déposer sans bruit sur le front du bébé endormi.

« - Et moi, déclara Meena, la fée vêtue de vert, qui s’était approchée du berceau, sans bruit, je vais te faire don du courage, et du goût de l’aventure, pour que jamais tu ne t’ennuies et n’enfermes ta vie entre les murs de ce palais, aussi luxueux et douillet soit-il ! ».

Ce disant, elle agita sa baguette au-dessus de l’enfant qui reçut son nouveau don sur les jambes, sans même s’en apercevoir, toujours lovée dans un sommeil profond.

« - Quant à moi, ajouta Vilma, en se penchant sur le berceau de la fillette : je te fais don de la volonté, pour te rendre capable de réaliser tous tes désirs ! ». Et hop, trois petites étincelles rouges vinrent se poser sur le cœur de l’enfant, puis disparurent.


Athénaïs s’approcha à son tour du couffin du bébé et ouvrit la bouche pour parler quand soudain on entendit un POF et une sixième fée, plus âgée que les autres, enveloppée dans des habits sombres, apparut dans la pièce.

« -Mère !, s’écrièrent alors les cinq sœurs.

- Mais….Mère….Que faites-vous ici ?, osa Célestine dans une voix chevrotante.

- Voyons, voyons mon enfant, répondit l’arrivante d’une voix calme et assurée, notre royaume baptise sa nouvelle infante, rappela-t-elle, du ton de l’évidence. Croyiez-vous vraiment que j’allais manquer cet évènement ?, demanda-t-elle en redressant la tête avec importance. Je suis déçue, toutefois, je ne vous le cache pas, que vous quatre n’ayez pas daigné m’attendre…., », déclara-t-elle d’un ton accusateur en lançant à ses filles un regard rempli de reproches silencieux.

Les cinq sœurs, terrorisées devant la colère sourde de leur mère, baissèrent la tête, incapables de la regarder dans les yeux, et se rapprochèrent insensiblement les unes des autres, sans même en avoir conscience.

« - C’est que…., commença Meena,

- Vous dormiez si paisiblement…., poursuivit Célestine,

- Alors nous n’avons pas….., s’empressa d’ajouter Athénaïs,

- Osé vous réveiller !, acheva Vilma.

- Le voyage était si long !, justifia Sophie à la hâte.

- Oh ! Je vois !, répondit la fée- mère d’un calme glacial. Donc, ce que vous m’expliquez à présent, c’est que je suis trop vieille….C’est bien cela ?, conclut-elle, acerbe.

- Oh mère, non, vous vous méprenez !, s’empressa Célestine.

- Oh non mère ! Ce n’est pas ce que voulions dire ! Loin de nous cette idée !, tenta de rectifier Meena.

- Suffit !, coupa la fée grise dans un mouvement de main intimant l’arrêt. Ces hypocrites tentatives d’excuses m’indisposent…., expliqua-t-elle en s’avançant à pas lents mais sûrs vers le berceau de l’infante. Que lui avez-vous offert jusqu’ à présent ?, demanda-t-elle en examinant le bébé d’un regard spéculateur. Oh, laissez-moi deviner…., coupa-t-elle en voyant Célestine ouvrir la bouche pour répondre. Vous, très chère, vous lui aurez donné la beauté je présume ? », demanda-t-elle en la toisant avec mépris.

La jeune fée acquiesça en silence, tête baissée.

« - Et vous Sophie, je parie que vous avez fait don d’intelligence ? »

La mégère sourit devant le hochement de tête gêné de sa fille.

« - Quant à vous, je présume que vous avez opté pour l’aventure, Meena ?

- …..

- Hum, c’est bien ce que je pensais…Et vous ? Vous….La volonté bien sûr ?

- Oui mère, reconnut Vilma.

- Qu’espérez-vous ? En faire une enfant parfaite ?

- Bien sûr que non Mère ! Tout le monde sait que la perfection n’existe pas !, s’empressa Sophie.

- En effet, mon enfant, la perfection n’existe pas…et je vais faire en sorte que cette petite princesse s’en rappelle…. ».

Les cinq sœurs retinrent leur souffle, terrorisées en voyant la marâtre lever sa baguette au-dessus de l’infante.

- Comment s’appelle-t-elle ?, se renseigna la mégère.

- Gl, Gloria ! », articula Meena d’une voix tremblante.

La fée mère leva les yeux au ciel en signe d’exaspération.

« - Soit ! Dans ce cas, très chère Gloria, je t’offre en cadeau pour ma part…une robe magnifique ! »

Les cinq sœurs s’échangèrent des regards étonnés, puis considérèrent leur mère avec méfiance.

« - Une robe que tu aimeras tellement que tu ne voudras jamais la quitter !, continua la fée-mère. Mais cette robe sera cousue d’orgueil ! Et plus ta confiance en toi grandira, plus ta robe se parera, et s’alourdira ! Ce sera le poids que tu devras traîner avec toi chaque jour, chaque heure de ton existence ! Elle deviendra ta seconde peau ! Et tu ne pourras t’en délester que le jour où tu seras capable d’humilité ! ».

La baguette de la fée-Mère tournoya au-dessus du berceau et un jet de fumée sombre vint descendre sur le visage de l’enfant endormie. La petite inspira dans son sommeil, aspirant en même temps la fumée maléfique, et aussitôt ses langes furent remplacés par une belle robe blanche, à fines bretelles, élégante de simplicité, magnifique par sa matière dentelée, légère, et scintillante, dont le jupon de mousseline ondulante et soyeuse venait s’arrêter au-dessus des genoux de l’infante.

Les cinq sœurs se regardèrent en silence, jetant des yeux inquiets sur le bel accoutrement dont la petite se voyait à présent revêtue.

«- Ne prenez pas ces airs apitoyés !, gronda la fée-Mère. C’est un service que je rends à cette enfant !, articula-t-elle avec lenteur. Les gens parfaits sont ennuyeux. », expliqua-t-elle avant de disparaître dans un POF, comme elle était apparue.

Les cinq sœurs sortirent alors de leur torpeur et se précipitèrent près du couffin du bébé.

« -La robe est magnifique !, reconnut Célestine,

- Hum, oui, c’est vrai mais c’est seulement pour que la petite en tombe amoureuse et refuse de la quitter.

- Que pouvons sous faire ?, demanda Vilma

-Attendez !, Il reste encore mon don !, proposa Athénaïs.

- Oh oui c’est vrai !, se réjouirent les quatre autres.

- Mais, tu ne peux pas défaire ce que Mère a cousu….

- Non, je n’ai pas ce pouvoir, c’est vrai, reconnut la jeune fée. Mais je peux tenter de lui donner une arme pour la protéger d’elle-même.

- Aurais-tu une idée ?, demanda Sophie, intéressée.

- En effet, j’en ai une…., répondit Athénaïs. Petite princesse, déclara-t-elle alors en se penchant au-dessus de son berceau, je te fais don de la sensibilité et du talent artistique, pour que tu puisses exprimer toutes tes émotions, et t’obliger à aller puiser au fond de toi l’essence de ce que tu es. ».

La baguette tournoya à nouveau autour de l’enfant, et jeta quelques petites étoiles qui vinrent se poser sur le cœur du bébé, toujours en proie à son paisible sommeil.

« - Mais, cela ne l’empêchera pas de devenir orgueilleuse !, objecta Célestine,

- Non, mais cela Athénaïs ne pouvait l’empêcher, raisonna Sophie. En revanche, elle lui a donné le moyen d’exprimer sa souffrance, ce sera un cadeau utile dans l’avenir, sois en sûre… ».

Athénaïs approuva sa sœur en silence dans un cillement.

«- Mais…le roi et la reine….qu’allons nous leur dire ?, s’inquiéta Meena.

- La vérité, répondit Sophie dans un murmure. Il faut qu’ils soient au courant, on ne peut pas leur cacher cela !, s’indigna-t-elle,

- Oui, et d’autant plus que l’attitude qu’ils auront envers leur fille sera déterminante dans l’évolution de sa personnalité et dans le déploiement de sa robe ! , assura Vilma.

- C’est vrai, renchérit Célestine, nous avons offert tant de choses à cette enfant ! Si ses parents ne prennent pas garde à ne pas lui laisser croire qu’elle est parfaite, elle deviendra orgueilleuse et se gâtera….

- Oui, il faut les informer de la malédiction que Mère lui a jetée, c’est encore ainsi qu’ils pourront le mieux essayer de la ralentir, même si tôt ou tard, la robe deviendra trop lourde à porter….puisque c’est ce que Mère a souhaité pour cette enfant… ».

Les cinq sœurs rejoignirent alors les parents de l’infante, et leur racontèrent les évènements qui s’étaient produits dans la chambre : les dons de chacune, la survenue de leur mère, puis la malédiction qu’elle avait jetée sur la petite fille.

Les époux échangèrent un regard en silence puis le roi prit la parole.

« - Une robe d’orgueil ? Une jolie tenue qu’elle aimera et ne pourra pas quitter ? Si c’est là toute la malédiction : votre mère s’est montrée clémente ! Je me rappelle de ce que votre tante Maléfice avait admonesté à cette pauvre Aurore ! Condamnée à dormir pendant cent ans ! Une robe d’orgueil, en comparaison, me parait une malédiction bien légère ! Nous sommes chanceux !

- Oh votre Majesté, ne croyez surtout pas cela !, avertit Sophie. Le cas d’Aurore était bien plus simple à résoudre ! Il avait suffi de plonger tout le royaume dans un profond sommeil également et de guider le prince jusqu’à elle ! Ensuite la vie avait repris son cours, pour Aurore, comme pour les autres ! La malédiction qu’a jetée notre mère à votre fille est bien plus dangereuse ! D’abord, elle n’a posé aucune condition qui permettrait de lever le sort !

- Si !, objecta Vilma, elle a dit qu’elle ne pourrait quitter sa robe que le jour où elle serait capable d’humilité !

- Bien sûr, répondit Sophie, mais tu devines comme moi que la simple existence de la robe semble rendre le contre sort impossible !

- C’est vrai, consentit Célestine. Le cas d’Aurore était beaucoup plus simple et n’altérait en rien sa belle personnalité. Alors que cette robe d’orgueil pourra, potentiellement, rendre cette enfant détestable…

- Et l’amener à souffrir…., renchérit Athénaïs.

- Je vous remercie de votre inquiétude, déclara alors la reine, mais je crois que la terreur que votre mère vous inspire altère votre jugement et vous amène à envisager des conséquences plus graves que celles que cette malédiction n’aura réellement. Après tout, l’orgueil, tout le monde en a. Il est bien utile aussi pour avancer dans la vie et accomplir ses rêves. Sans un minimum d’orgueil on n’obtient pas le respect des autres. Et ma foi si notre fille en est pourvue alors cela ne pourra que l’aider dans ses fonctions de princesse et dans l’accomplissement et la réalisation de ses désirs.

- Je lui ai déjà offert la volonté pour cela, objecta Vilma.

- Mais la volonté de réaliser quelque chose n’apparaît pas sans que le désir de réussir, l’envie de gloire, ne soient développés auparavant. La volonté ne survient qu’après l’orgueil !, répondit la reine avec assurance.

- Votre Majesté, tenta alors Meena, à en juger par vos réactions respectives, nous avons le sentiment que vous n’avez pas compris la puissance malfaisante de ce sort, pourtant il le faudrait car votre attitude dans l’éducation de cette enfant jouera un rôle majeur dans sa….

- Je vous remercie mesdames, mais la discussion est close, trancha le roi. Je vous sais gré de votre inquiétude et veillerai à rester attentif à la longueur de cette robe mais je suis d’accord avec mon épouse. Je pense que vous surévaluez son potentiel maléfique. D’autant plus qu’elle a reçu tant de qualités de votre part qu’elle s’en trouvera finalement protégée.

- Mais non, au contraire!, objecta Célestine, les différents dons qu’elle a reçus de notre part ne peuvent que renforcer la malédiction ! Seuls vous pouvez par votre attitude éveiller l’humilité chez elle !

- Très bien, nous y veilleront, mentit la reine pour mettre un terme à cette discussion qui commençait à l’indisposer. Merci à vous mesdames pour tous ces cadeaux fabuleux et ces précieux conseils ! Nous prendrons garde à l’éducation de notre fille, n’ayez pas d’inquiétude à ce sujet.

- Très bien, répondit Sophie, consciente de l’hypocrisie des propos de son interlocutrice. Dans ce cas, je pense qu’il est temps pour nous de repartir. Nous avons encore un long voyage à faire pour regagner notre lointaine contrée.

- Mais…., objecta Célestine.

- ….Saluez nos hôtes, très chère : nous rentrons », coupa Sophie, avant d’incliner respectueusement la tête et de disparaître dans une traînée bleue. Les quatre sœurs restantes se regardèrent un instant puis l’imitèrent, ne laissant derrière elles que quatre fumées colorées.



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